LIENS CISTERCIENS

Histoire

LES PREMIERS MOINES

I

 

Frère Luc Brésard, moine de Cîteaux

Une préhistoire

On pourrait dire qu'il y a eu de tous temps des moines : le monachisme n'est pas un phénomène typiquement chrétien. Mille cinq cents ans avant la venue de Jésus, il y avait des moines en Inde et dans le bouddhisme. Aux temples du Pérou ou du Mexique étaient rattachées des vierges consacrées. Plus près de nous, en occident, on connaît, chez les Romains, les Vestales qui étaient astreintes à une chasteté temporaire. La plupart des religions non-chrétiennes ont connu des formes de vie monastique. Comment l’expliquer ? C'est que i'homme étant créé par Dieu à son image, il porte en lui un désir d'infini, un sens profond de l'Absolu. C'est là le fondement le plus profond de la vie monastique : un sentiment aigu de l'insuffisance radicale de ce monde changeant, qui engendre le désir de communier à une réalité absolue qui nous dépasse et qui seule peut nous combler. À l'extérieur, ce désir d'absolu se traduira par une certaine séparation du monde et des pratiques ascétiques.

Vient Jésus qui nous révèle que Dieu aime les hommes au point de livrer son Fils pour eux. Dans le monde méditerranéen d'alors, un monde sans espoir, qui se sait condamné à la force aveugle du fatum, le destin, cela fait choc. Il est sûr que cette révélation de l'amour fou du Seigneur qui est mort pour des pécheurs, jointe aux exigences du Sermon sur la Montagne, à I'exemple de la virginité de Jésus  et  de Marie, aux conseils de Paul aux Corinthiens touchant le célibat ont très tôt suscité chez des hommes et des femmes le désir de répondre à l'amour par l'amour, et de consacrer leur vie à Dieu par la virginité. Les Actes des Apôtres, par exemple, nous parlent des filles de Philippe, vierges et prophétesses (Ac. 21, 9), Plus tard, la Lettre de Clément de Rome, vers 90, montre l’existence de vierges et de continents. Hermas, en 150, fait mention des vierges de Rome, Ignace, celle du groupe des vierges de Smyrne qui semble important.

En climat chrétien, la toute première origine des moines est donc le désir de répondre à l'amour du Sauveur, ami des hommes, de l'imiter, de faire écho aux paroles de Paul : "Afin de vivre pour Dieu, je suis crucifié avec le Christ » (Gal. 2, 49). Le monachisme, comme la première Église, est né du côté transpercé du Christ. Nos pères de Cîteaux, avec leur dévotion à l'humanité du Christ, spécialement à sa passion et à ses plaies, en témoigneront en leur temps.

Une histoire

Si l'on appelle : « histoire » la relation écrite d'une suite d'événements, l'histoire des moines commence assez tard : quelque trois cents ans après la fondation de l'Ég1ise, avec la Vie d'Antoine composée par saint Athanase en 357. Mais avant Antoine qui vécut en Égypte, on a connaissance de moines en Palestine, en Syrie, en Asie Mineure et même en Gaule, dans une île près de Lyon.

En ce milieu du troisième siècle, c'est donc en plusieurs points géographiquement distants que jaillit soudain le monachisme. Ce qui suppose comme une nappe d'eau souterraine pour alimenter cette source qui sourd de tous côtés. Avant l'histoire, il y a donc comme une longue histoire du monachisme : une longue histoire dans les cœurs, une préparation secrète de l'Esprit Saint.

Pour le moment, parcourons ces débuts de l'histoire du monachisme. Simultanément, en Basse-Egypte, Antoine groupe autour de lui de nombreux moines qui vivent isolés dans la solitude, tandis que Pacôme, en Haute-Egypte, fonde des monastères de cénobites où des frères vivent ensemble.

Des anachorètes

Antoine

Antoine qui vécut plus de cent ans : 251-356, donne donc l'élan au monachisme anachorétique. Il vit seul, et son exemple suscite d'autres ermites, ou anachorètes, autour de lui. Ces deux mots sont synonymes : anachorète v i e n t du grec anachôreô, et signifie : celui qui se retire à l'écart, tandis qu'ermite vient d'un autre mot grec erèmos, le désert : l'ermite, c'est celui qui vit dans le désert. Au début, on se retirait dans des endroits désertiques, loin de toute ville, pour toutes sortes de raisons : fuir le percepteur ou le service militaire - qui, à cette époque, était un enrôlement forcé, fort pénible -, et en temps de persécutions, pour ne pas avoir à rendre un culte aux dieux païens et échapper aux persécuteurs. Mais ces gens qui se réfugient au désert font souvent I'expérience des avantages de la solitude pour la prière et l'intimité avec Dieu. On vient alors au désert par vocation inspirée par Dieu, surtout qu'une fois les persécutions finies, on ne pouvait plus donner au Christ la preuve de son amour pour lui, en lui offrant sa vie.

Au début, Antoine ne se retire pas en plein désert, mais aux alentours d'un village, où il se met sous la conduite d'un moine plus ancien. Par la suite, il s'enfonce de plus en plus loin dans le désert. Saint Athanase souligne à son propos divers points qui intéressent toute vie monastique : celle-ci est un combat contre Satan. Elle se vit sous le regard du Christ qu'elle s'efforce d'imiter. Par ailleurs, même si le moine vit dans la solitude, un contact mystérieux et profond se fait avec tous les hommes.

Les Pères du désert

On imagine mal le nombre élevé de gens qui menaient ainsi une vie solitaire à la suite d'Antoine. Outre ses disciples immédiats, il y avait dans la même Égypte, terre d'élection des moines, trois centres qui groupaient quantité d'ermites. À 60 km, au sud d'Alexandrie, une vallée profonde disposée en gradins et trouée de grottes où vivaient les moines s'appelait Nitrie. Mais l'endroit était relativement proche de la grande ville, et ceux-ci étaient assez dérangés. Aussi un autre centre se fond, à une après-midi de marche au sud : les Cellules, ainsi nommé parce que chaque moine habitait une petite maison en terre et en roseaux, une « cellule », du latin cella : endroit où l'on s’enferme. La cellule de l'anachorète est dans une cour fermée bordée d’un mur, où il peut se promener. L'espace entre les cellules est assez grand pour qu'on ne puisse ni se voir ni s'entendre. Mais le désert est vaste : un visiteur de I'époque y trouva six cents moines, ce qui suppose une ville de 6 km de diamètre. Et les fouilles contemporaines ont dénombré mille cinq cents ermitages !

Plus au sud, et cette fois à 40 km, nous trouvons un troisième centre monastique du même genre : Scété.  Vivent les fervents de solitude, car on est à 30 km du Nil et bien loin de toute ville.

Les apophtegmes

Ce sont tous ces moines, et surtout les habitants de ces trois centres, que l'on appelle les « Pères du désert », et leurs écrits : les « Apophtegmes ». C'est un livre assez étrange que ces Apophtegmes : il n'a pas d'auteur, ou si I'on veut, il a deux cent cinquante auteurs : les deux cent cinquante anciens - ou  « vieillards » - dont on nous rapporte les dires ; et de plus, la vie de ces vieillards s'est étagée sur deux siècles !

Ils nous parlent et nous pouvons discerner le caractère différent de chacun. Ainsi il y a Arsène, l'étranger, venu de Constantinople, où il était un grand personnage, familier des empereurs. C'est un amoureux de la solitude : il la défend avec ses griffes ! « Un jour, nous raconte-t-on, I'archevêque d'Alexandrie, Théophile, et un notable viennent le voir. Théophile pose des questions à I'ancien. Il veut entendre des paroles de sa bouche. Après un petit moment de silence, abba Arsène lui répond : Allez-vous faire ce que je vais vous dire ? - Nous te le promettons, répondent-ils. Alors l'ancien leur dit : Quand on vous dira : Arsène est en tel endroit, eh bien n’y allez pas !".

Il y a aussi l'impétueux Jean Colobos (le Petit), il y a Macaire, qui veut battre tous les records en ascèse, et aussi Moïse, l'ancien brigand ; et surtout, le doux, l'humain Poémen (ce qui veut dire Pasteur). A lui seul, il collectionne le plus grand nombre d'apophtegmes (deux cent six), sans doute en raison de sa bonté et de son sens de la mesure.

En témoigne ce charmant apophtegme : « Quelques-uns des vieillards vont chez abba Poémen et lui disent : À ton avis, quand nous voyons un  frère dormir à I'office, faut-il le secouer pour qu’il se tienne éveillé durant la prière ? Il leur dit : Moi, quand je vois le frère dormir, je lui mets la tête sur mes genoux et je le fais reposer." Il ressort de ce texte que ces ermites se réunissaient, au moins le dimanche, pour prier ensemble, et que leur office devait être assez long !

Il n'est pas facile de dégager une doctrine cohérente à partir de ces milliers de petites histoires que nous racontent ces apophtegmes. Pourtant deux de ces Pères du désert ont entrepris ce travail : Évagre et Cassien. Celui-ci surtout, homme de jugement et d'expérience, prudent et modeste,  va rassembler la doctrine des Pères du désert dans deux livres : les Institutions et les Conférences, la transposant pour un milieu cénobitique : les moines de Provence. C'est par Cassien que la doctrine des Pères du désert imprégnera non seulement le monachisme d'Occident, mais toute la spiritualité occidentale. Saint Benoît a lu Cassien ; il s'en inspire et en reproduit même certains passages presque textuellement.

 

 

LES PREMIERS MOINES

II

Des cénobites

A côté de ce nombre assez surprenant de moines qui vivent en solitude : ceux qui gravitent autour d'Antoine, ceux qui peuplent ces trois centres énormes de Basse-Égypte, comme aussi d'autres qui vivent en Syrie ou ailleurs, il y a dès cette époque, un nombre tout aussi impressionnant de chrétiens qui se réunissent pour louer Dieu et vivre ensemble dans des monastères.

Pacôme

Pacôme, contemporain d'Antoine, fonde son monastère vers 320 et meurt en 346, donc avant Antoine, laissant une famille de six à huit mille moines et moniales. Ces chiffres parlent d'eux-mêmes; ils sont sans doute inférieurs à la réalité, tout comme, à l'inverse, Jérôme exagère quand il parle de cinquante mille moines ! Mais il est sûr qu'avec Pacôme, nous avons dès ces premiers temps, un véritable ordre de cénobites : un ordre très nombreux, bien constitué, fortement hiérarchisé.

Pacôme, né païen, se convertit à la vue de la charité active des chrétiens. Dorénavant, pour lui, un chrétien c'est quelqu'un qui sert ses frères. Par ailleurs, une fois converti, il va se former à la vie érémi­tique, comme Antoine, sous la conduite d'un ancien ; il commence à mener cette vie anachorétique qui, en tant que telle, inclut un idéal de perfection individuelle. En conséquence, la spiritualité pacômienne va concilier ces deux aspects assez opposés : vie sous un ancien et service des frères. Ce qui caractérise le cénobite pacômien, c'est, d'une part, d'être formé à la perfection personnelle par un ancien, d'où toute une organisation hiérarchique très structurée, à la verticale : l'obéissance est un chemin d'amour, état permanent, définitif, dont personne n'est exclu ; et, d'autre part, à l'horizontale, un sens très fort de la communauté avec mise en commun des biens ; la perfection sera aussi de se rendre service mutuellement.

Cette spiritualité concrétisée dans des règles, recueils de commandements à l'usage d'une communauté, aura une influence certaine sur le monachisme postérieur.

Pacôme a vécu en Égypte. Deux autres personnages, qui vivaient l'un en Cappadoce, l’autre en Afrique du Nord, ont, eux aussi, contribué à façonner par leurs règles le cénobitisme des siècles à venir. Ce sont saint Basile et saint Augustin. Ils ne se sont pas connus. Aussi les règles que ces trois hommes ont laissées à la postérité sont appelées « règles mères »: n'ayant rien de commun entre elles, elles sont à l'origine de toutes les autres règles.

Basile

Basile a vu le jour en 330 en Cappadoce, la Turquie actuelle, à une époque très troublée : l'hérésie arienne bat son plein et les empereurs ariens persécutent l'Église; les évêques se partagent dans les deux camps, s'opposent et se disputent. Par ailleurs, des chrétiens fervents ne gardent pas toujours la juste mesure et vont trop loin dans l'ascèse. Bref, tout va mal : l'Église ressemble à un bateau en pleine tempête. Basile qui emploie cette image, réfléchit sur cette situation: si tout va si mal, c'est que l'on n'obéit plus au Christ-Roi. Il faut donc revenir à lui, retrouver sa pensée dans l'Écriture. Basile se livre alors à une sorte d'enquête à partir du Nouveau Testament : qu'est-ce que la vie chrétienne d'après ce qu'en disent l'Évangile et les épîtres ? À la fin, il en tire la conclusion : un portrait du vrai pasteur et un portrait du vrai chrétien, selon l'Évangile. C'est un premier livre : les « Règles Morales ».

Devenu prêtre, puis évêque, Basile gouverne son peuple à la lu­mière de ce qu'il a découvert et ramène dans le droit chemin les chrétiens qui s'égarent. Il répond à leurs questions dans deux autres livres. Ce sont ces trois livres que l'on appelle les «Règles de saint Basile».

Elles peuvent se résumer en ceci : le moine est un chrétien qui s'ef­force de vivre pleinement l'Évangile. Des grands principes y sont notés: avant tout l'amour de Dieu et des frères. Amour de Dieu qui se concrétise par un retrait du monde qui permet de faire attention à Dieu. Amour de Dieu vécu dans une vie en communauté où l'on s'efforce d’aimer ses frères, de pratiquer le renoncement et la tempé­rance. L'obéissance est là comme fondement et preuve concrète de notre amour. C'est quelque chose de vital. On demande à Basile : « Dans quelle disposition doit-on obéir ? II répond : Avec le même élan qu’aurait un bébé affamé que sa nourrice inviterait à téter ! »

Augustin

Le troisième fondateur de monastères cénobitiques est un Africain : saint Augustin (354-430), celui que l'on appelle le « Docteur de l'Amour ». Depuis toujours, habite en lui un désir de bonheur et d'amitié. Après des années d'errance, Augustin se convertit, et dé­couvre l'amour de Dieu. Il commence aussitôt à grouper autour de lui sa famille et ses amis, et l'on prie et l'on traite de problèmes philosophiques. C'est en fait une première ébauche de communauté monastique où la recherche de la vérité se fait au sein d'un groupe d'amis. Rentré en Afrique, Augustin installe dans sa maison familiale sa petite communauté d'amis, auxquels se joignent des laïcs fervents. Appelé, malgré lui, au sacerdoce, puis à l'épiscopat, l'idéal monastique d'Augustin s'élargit, s'approfondit, et il fonde d'autres communautés qu'il dote d'une règle.

À la base de cette règle se trouve une insistance sur l'amour frater­nel qui doit être orienté vers la contemplation: «Les frères doivent vivre unanimes dans la maison qu'ils habitent, tournés vers Dieu, et observer tous les préceptes de la règle avec amour, comme des amants de la beauté spirituelle.»

 

Augustin établit donc une communauté d'amour, orientée vers la contemplation. Cette communion dans l'amour est l'exigence fonda­mentale pour s'unir à Dieu; en découlent des conséquences pra­tiques : vie dans la pauvreté, la chasteté, l'obéissance. Ces observances sont au service de la charité : elles nous libèrent de nous­mêmes et nous permettent d'être tout au service de Dieu et de nos frères. La notion d'obéissance est plus estompée que dans les deux autres règles : c'est une conséquence de l'amour. La vision du monastère par Augustin, évêque, est à l'image de celle de l'Église : une communauté d'amour autour du Christ Jésus.

 

Telles sont, en très bref, les sources de la spiritualité monastique dont l'Occident a hérité, grâce à saint Jérôme et à Rufin qui ont traduit en latin ce qui avait été écrit en grec.

 

Le monachisme occidental

En Gaule, le monachisme connaît trois centres d'implantation. D'abord près de Tours, à Ligugé, puis à Marmoutiers, avec la grande personnalité de saint Martin. Pour cet ancien soldat, le moine est le successeur des martyrs, ce qu'il doit montrer par sa patience, son obéissance et son humilité à la suite du Christ. Pourtant Martin s'est trop peu inspiré de l'héritage de ses prédécesseurs; de ce fait, pour n'avoir pas donné une base théologique et spirituelle suffisante à son monachisme, dès son vivant apparurent des conflits à l'intérieur du monastère, et à sa mort, en 397, tout s'effondra.

En Provence, naît, au début du Ve siècle, autour de Lérins, un centre très important, avec quelques grands noms : Honorat, le fondateur de Lérins, Hilaire, évêque d'Arles, Eucher de Lyon, et surtout Césaire d'Arles qui écrit une règle pour les vierges et une autre pour les moines.

Dans le Jura, Condat (aujourd'hui Saint-Claude) est fondé par Romain en 435. La « Vie des Pères du Jura » nous montre la naissance et la croissance d'une communauté ainsi que l'évolution de ses institutions à travers la vie de trois abbés : Romain, Lupicin et Oyend. Les deux premiers sont frères et leur soeur fonde un monastère de moniales à La Balme. Un point intéressant dans la législation faite par Oyend : le monachisme est vu comme un don fait à l'Église sous l'inspiration du Verbe divin.

En Provence, comme dans le Jura, on s'inspire des trois règles mères pour écrire d'autres règles propres et l'on aura ainsi plusieurs générations de règles filles.

Dans la péninsule Ibérique (qui n'est pas encore l'Espagne d'aujourd'hui), le personnage le plus célèbre, à l'époque qui nous occupe, est un autre Martin, celui-là évêque de Braga. Né, comme Martin de Tours, en Pannonie, il vécut longtemps en Orient, en Palestine où il devient prêtre. Il arrive ensuite par mer en Galice où il établit un monastère à Dumio, près de Braga, vers 556. En 570, il est métropolite de Braga, et, comme Martin de Tours, envers qui il avait une grande dévotion, l'avait fait, il établit là un monastère de type épiscopal. C'est là qu'il meurt après 579.

En Italie, au VIe siècle, le Maître et saint Benoît héritent de tout ce monachisme antérieur : Pacôme et Pères du Désert (transmis par Cassien), Basile, Augustin, règles provençales. Benoît, au Mont Cassin, reprend la règle du Maître très marquée par la spiritualité du désert, mais il tempère cette tendance verticale (relation : maître­disciple), par l'amour des frères (accent horizontal) dont sont por­teuses les règles de Basile et surtout d'Augustin. De cette union des deux tendances verticale et horizontale, comme aussi de la sagesse de saint Benoît, qui sait éviter les excès, vient le bel équilibre qui a fait le succès de la règle bénédictine.

Vers la même époque, parallèlement au monachisme provençal, se développe dans la Grande-Bretagne actuelle un monachisme celtique dont un des caractères propres sera d'essaimer ailleurs, et qui aura de ce fait une grande influence.

C'est à saint Patrick, l'évangélisateur de l'Irlande, que nous devons saint Colomban. Né en Irlande, dans l'ouest du Leinster, Colomban commence par vivre auprès d'un ermite, puis entre au monastère de Bangor. Après y être resté quelques années, il sent l'appel à s'expatrier pour l'amour du Christ. Il quitte son pays à l'âge de 20 ans et débarque en Gaule. Il fonde en Bourgogne trois monastères assez proches : Annegray, Luxeuil et Fontaine. Le second connut un rapide développement qui le rendit célèbre. C'est là que Colomban écrivit ses règles et son pénitentiel, d'une sévérité bien irlandaise. Chassé de Bourgogne, il gagne les pays de la Moselle et du Rhin, puis l'Italie où il fonde dans l'Apennin le monastère de Bobbio. C'est là qu'il meurt en 615.

La règle de Colomban s'inspire surtout de Cassien et aussi de la règle de saint Benoît. Elle insiste sur l'obéissance, la pénitence, le travail manuel. Un certain temps en concurrence avec celle de saint Benoît, cette dernière finit par s'imposer, sous l'influence de Benoît d'Aniane, en raison de son équilibre et de sa discrétion. C'est d'elle que nous vivons aujourd'hui.

Pour approfondir ce sujet :

Connaissance des Pères                  n° 67 : Les Règles monastiques.

Connaissance des Pères                  n° 72 : Le Désert.

Cours de spiritualité monastique      F. Luc Brésard

Cîteaux, 1995.

Le Monachisme Primitif                    P. Vincent Desprez

(Spiritualité orientale, 72)

Bellefontaine, 1998.

 

 

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